Les meilleurs films de 2017

Une petite sélection, non exhaustive et purement subjective, des meilleurs films sortis en 2017

1. Good Time de Ben Safdie et Joshua Safdie

Un thriller scorsésien, qui se déroule dans les bas fonds New Yorkais. Les personnages, âmes perdues qui errent dans la nuit et sous les néons, sont des loseurs magnifiques, typiquement américains. Robert Pattinson, trop souvent réduit à son rôle de vampire dans le-film-dont-je-tairai-le-nom, est magnétique et tout à fait crédible avec son accent de Brooklyn. Il a des allures de Ryan Gosling dans Drive et The Place Beyond the Pines – il est surtout plus expressif que lui. La mise en scène, fiévreuse, jamais dans l’exagération et la facilité, faite de très gros plans et de caméra à l’épaule, est impressionnante. Superbe musique électronique, qui accompagne les héros dans leurs fuites à travers un New York loin des stéréotypes. Un film avec un budget manifestement restreint mais brillant, de bout en bout. Comment ai-je pu ignorer l’existence des frères Safdie ?!

2. La La Land de Damien Chazelle

Un des films ayant eu le plus de succès cette année et à juste titre. Un très bel hommage aux comédies musicales américaines et françaises – l’influence de Jacques Demy se fait sentir! En voyant La La Land, on a l’impression d’assister à la naissance d’un classique, une oeuvre qu’on ne cessera de revoir au fil des années. Un film joyeux et mélancolique, très rythmé, avec la belle Los Angeles mise à l’honneur, le tout avec une superbe photographie et une musique inoubliable. Le scénario est certes assez classique – un dilemme déjà vu au cinéma (l’amour ou la réussite personnelle) – mais la réalisation est tellement inventive et inspirée qu’il est difficile de rester de marbre. On retiendra la scène du film, remarquablement bien filmée, en une prise, durant laquelle les protagonistes se séduisent par le chant et la danse. La scène finale, poétique et déchirante. Oscar mérité pour Emma Stone, géniale en actrice en quête de gloire. Il faut saluer l’ambition de Damien Chazelle: faire une comédie musicale intelligente et profonde, qui s’adresse au grand public et peut plaire à ceux qui ne sont pas des amateurs de ce genre cinématographique.

3. Moonlight de Barry Jenkins

Bien sûr, on se souvient tous de ce moment fort gênant aux Oscars, où La La Land était annoncé vainqueur, par erreur. Prix finalement remis à Moonlight et amplement mérité. Le film dépeint l’histoire de Chiron, un garçon qui vit au milieu des dealers, dans un quartier défavorisé de Miami, avec une mère droguée qui le délaisse. A l’école, il est harcelé de toute part et surnommé « Little. » Le film est construit en trois parties (son enfance, son adolescence et sa vie de jeune adulte). Une oeuvre particulièrement émouvante, avec des personnages attachants et des interprétations saisissantes (Mahershala Ali et Naomie Harris impressionnent tout particulièrement). Un film qui évoque de nombreux thèmes intéressants, comme la construction individuelle, les traumatismes de l’enfance, la recherche de figure paternelle, la vie des Afro-Américains dans des lieux laissés à l’abandon, la découverte de l’homosexualité dans une communauté qui ne l’accepte pas et qui a une vision très arrêtée de la « masculinité ». Superbe bande originale de Nicholas Britell, réalisation virtuose et belle photographie de James Laxton. Certaines scènes resteront à coup sûr en mémoire (la scène d’ouverture, l’apprentissage de la nage, la mère).

Une excellente analyse du film ici

4. Nocturnal Animals, de Tom Ford

Second film de Tom Ford, après A Single Man, que j’avais personnellement adoré. De nouveau, le réalisateur adapte un roman, ici d’Austin Wright. L’originalité et le brio du film résident dans l’imbrication de deux histoires, entre fiction et réalité. D’un côté, la réalité, la vie de Susan Morrow (Amy Adams), une collectionneuse d’art contemporain vivant à Los Angeles et manifestement malheureuse dans sa vie. Mariée un temps avec Edward Sheffield (Jake Gyllenhaal), ils se sont depuis séparés. Un jour, elle reçoit un manuscrit de son ex-mari, nommé « Nocturnal Animals » et se met à le lire. Ainsi, l’autre pan du film, la fiction, est uniquement constitué des images mentales de Susan lorsqu’elle lit le manuscrit, le film prenant alors la forme d’ un thriller très glauque, qui se déroule au Texas. On comprend bien vite que la fiction est en lien étroit avec l’histoire personnelle de Susan et de son ex compagnon, un reflet de leur relation passée. Tout le film tournera alors autour des motifs de l’art, de la création, de la vengeance, du couple et de la séparation. Un film brillant dans sa construction, dans ce va-et-viens incessant entre réalité et fiction. Superbe photographie de Seamus McGarvey et réalisation toujours aussi élégante de Tom Ford, qui emprunte ici souvent aux clichés du thriller pour mieux les détourner. Et pour ne rien gâcher, une pléiade d’acteurs excellents, Jake Gyllenhaal, Aaron Johnson et Michael Shannon en tête.

5. I am not your Negro, de Raoul Peck

Un documentaire sur un écrivain encore trop méconnu en France, James Baldwin. A travers les mots de l’écrivain, narrés par Samuel L. Jackson (il faut absolument voir ce film en version originale et non dans sa version narrée par Joey Starr), Raoul Peck retrace toute l’histoire des Afro-Américains, leurs luttes, leurs souffrances, la difficile intégration dans une Amérique intolérante. Des images et des propos très durs, souvent révoltants – notamment l’intervention insupportable d’un professeur de philosophie, blanc, au sujet du racisme, face à un James Baldwin consterné. Le film fait des allers retours entre l’Amérique d’hier et les Etats-Unis d’aujourd’hui, pour démontrer que ce que dénonçait Baldwin à son époque s’applique toujours… On peut aussi voir le documentaire comme une réflexion plus générale sur les Etats Unis et la « mentalité américaine. » Des images d’archives jamais vues auparavant, un ton souvent poétique, une narration entraînante, I am not your negro est assurément mon documentaire préféré en 2017.

6. Get out, de Jordan Peele

Un film entre comédie, thriller et horreur, saupoudré d’un message politique. Une des grandes sensations de cette année, qui amène une fois de plus à s’interroger sur le racisme dans la société américaine. Succès justifié pour un film marquant, dont on ne sort pas indemne…

Ma critique sur Get Out

7. The Killing of a Sacred Deer, de Yórgos Lánthimos

Probablement le film qui a créé le plus de malaise en moi et d’incompréhension. Une oeuvre kubrickienne impressionnante, tant dans sa réalisation que son scénario atrocement malsain. Des acteurs fabuleux – 2017 aura été l’année de Nicole Kidman. Un film à mes yeux légèrement sous-estimé cette année et qui n’a pas eu le succès qu’il méritait…

Ma critique sur The Killing of a Sacred Deer

8. Visages Villages, d’Agnès Varda et JR

Agnès Varda et JR partent à travers la France. Leur but ? Prendre des gens en photo puis afficher leurs images sur des monuments, dans leurs propres villes. Les voilà donc partis aux quatre coins de la France. Ainsi, le documentaire prend rapidement des allures de road-movie. De nombreuses rencontres émouvantes émaillent le film – un agriculteur, une vendeuse, des épouses de dockers, des marginaux en tout genre. Comme dans Les Glaneurs et la Glaneuse, Agnès Varda a ce souci constant d’aller parler à des inconnus, leur demander de lui conter leurs histoires et instille toujours une grande poésie dans ses images. On retiendra deux scènes particulièrement marquantes: quand JR tapisse l’image de Guy Bourdin sur un rocher – image qui ne tiendra pas, écho à la mort de l’artiste – et la toute fin du film, le rendez vous manqué avec Jean-Luc Godard, une scène où le caractère cruel et tout à fait odieux de cet homme se révèle…. Encore un documentaire sensible, drôle et original, de la très grande Agnès Varda.

9. Detroit, de Kathryn Bigelow

Aux Etats-Unis, l’année 2017 a été riche en films politiques et engagés. Detroit ne fait pas exception. L’histoire se déroule durant les émeutes de 1967 et se concentre principalement sur les événements tragiques survenus à l’Algiers Motel. Le film est en trois actes. Un premier volet sur les émeutes, proche du documentaire. Un second volet sous la forme d’un huis clos angoissant, à la limite du film d’horreur et souvent insoutenable. Un dernier volet judiciaire. Le vrai sujet n’est finalement pas les émeutes, mais la violence policière. Un film extrêmement intéressant, très réaliste et totalement immersif, avec d’excellents acteurs. Bien sûr, de nombreux moments font écho à la situation actuelle… Je reprocherais juste à la cinéaste de ne pas donner assez de contexte sur les droits civiques, la ségrégation, la ville de Détroit. Pour le spectateur qui ne connait pas bien cette période de l’histoire américaine, il est dommage de ne pas avoir plus d’informations.

10. Nothingwood, de Sonia Kronlund

Encore un film passé relativement inaperçu en France. Nothingwood raconte l’histoire de Salim Shaheen, un réalisateur afghan, fantasque et un brin mégalo, très connu dans son pays d’origine. Le documentaire le montre sur ses plateaux de tournage, faits de bric et de broc et inclut de nombreuses scènes de ses films. Nothingwood offre aussi une réflexion plus générale sur l’Afghanistan et sur la guerre. Un documentaire très émouvant, sur le pouvoir du cinéma, qui peut littéralement sauver des vies, comme le dit Salim….

 

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La Belle et la Meute, Coco, Le Caire Confidentiel, Loving, Wonder Woman, The Birth of a Nation, Au Revoir là-haut, Les Figures de l’ombre

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