Call me by your name

Voilà plusieurs semaines qu’on entend parler de Call Me by your Name, de Luca Guadagnino. Les deux acteurs principaux sont partout, nominations aux Oscars, critiques très élogieuses dans la presse… Je partais donc avec une certaine appréhension, problème récurrent avec ce genre de films, qui sont vantés de toute part mais peuvent aussi décevoir. Ayant encore en tête Amore, que j’avais détesté à sa sortie, l’appréhension était d’autant plus forte.

A la sortie de la salle, pas de déception mais plutôt un choc émotionnel intense. Un amour total pour ce film. Oui, j’ose employer le terme « amour », puisque, après tout, c’est le sujet du film, non ?

Spoilers dans ce qui suit

Le défi était grand pourtant: adapter le superbe roman d’André Aciman, en conserver l’atmosphère si particulière et rendre justice aux personnages.Toute l’oeuvre est écrite du point de vue d’Elio. On suit ses interrogations, ses peurs, ses fantasmes, le tout ponctué de références à la littérature, à la mythologie, avec nette influence proustienne. Certaines scènes semblaient d’ailleurs difficiles à rendre à l’écran…

Pari réussi. Le scénario de James Ivory est fidèle au roman. Il ne cède pas à la facilité, qui aurait été d’utiliser une voix-off, pour nous plonger dans les pensées d’Elio, comme dans le livre. Au contraire, on comprend facilement tout ce qu’il ressent, grâce au jeu éblouissant de Timothée Chalamet, la révélation du film – j’y reviendrai, il mérite qu’on lui consacre un paragraphe entier ! Ses pensées sont aussi explicitées par les paroles des chansons, notamment « Mystery of love. » Certains dialogues du livre sont entièrement repris dans le film, notamment la scène entre Elio et son père, à la fin de l’oeuvre. Une scène qui résonnera, je pense, en beaucoup de spectateurs et spectatrices.

Paradis perdus

Call me by your name est un film incroyablement fort, qui pousse à l’introspection, à se pencher sur ses histoires passées ou actuelles. Difficile de ne pas s’identifier à Elio. Le film doit tout à ses comédiens et particulièrement à Timothée Chalamet, impressionnant de naturel et de spontanéité. Rien ne semble calculé dans son jeu. Il est émouvant à souhait, lors de la toute dernière scène, durant laquelle il pleure, face au feu. Et ce regard déchirant, directement adressé au spectateur… La scène de la gare est également bouleversante, quand Elio appelle sa mère et lui dit, la voix tremblante, en français: « Maman, tu peux venir me chercher? » Qui n’a jamais vécu ce genre de moment, quand on appelle un parent à l’aide, après un chagrin, de quelque ordre qu’il soit ?

Les autres acteurs ne sont pas en reste. Armie Hammer joue parfaitement cet américain en apparence distant et désinvolte, avec ses « later » à répétition, mais qui tombe peu à peu sous le charme d’Elio. Les parents, incarnés par Amira Casar et Michael Stuhlbarg, tendres et compréhensifs à souhait, sont si touchants… On a rarement vu des parents de cinéma comme ça !

Les ruelles de l’Italie

La réalisation est très sobre. Pas besoin de grands effets de mise en scène pour raconter cette histoire. Le film gagnerait à être revu, pour décortiquer tous les petits détails et signes annonciateurs. Guadagnino prend son temps, fait durer les scènes, mais on ne s’ennuie pas. Tout se joue sur l’atmosphère, délicieuse, qui vous emporte dès les premières images. Le chant des cigales, le pépiement des oiseaux, les rayons du soleil sur les peaux nues, le lac scintillant, le son des cloches d’une église. Ce film est une ode sensuelle à la nature et aux sens, qui n’est pas sans rappeler Le Jardin des Finzi-Contini. Que de beaux décors naturels, où la caméra s’attarde, laissant les personnages hors champ pour se concentrer sur un arbre, une cascade, une étendue d’eau. Le tout est porté par une soundtrack variée et envoûtante, mélange de chansons années 80 et de musique classique.

Tout le film, à part la dernière scène, pourrait être vu comme une succession de souvenirs d’Elio, sa vision rétrospective de cet été. D’où des coupes parfois abruptes, l’usage du flou dans certaines scènes. Un goût de paradis perdu, une idéalisation du passé, avec une photographie où le vert et le jaune dominent, contrastant avec la scène finale, où les couleurs sont mornes, ternes. On se sent ailleurs, deux heures durant, au coeur de cet été italien, aux côtés des deux protagonistes. L’Italie – le plus beau pays du monde si vous voulez mon avis – fait tout le charme du film, avec ses rues pavées désertes, ses fontaines, ses petites places.

 

« I remember everything »

Le sentiment amoureux est montré avec une grande finesse à l’écran, sans jamais tomber dans la niaiserie. L’alchimie entre les deux comédiens fonctionne à merveille et on croit totalement à cette histoire d’amour si pure, dénuée de tout cynisme. Certains critiques reprochent au film de ne pas aller assez loin dans la représentation des scènes de sexe entre Elio et Oliver, d’être trop pudique. Ce à quoi je répondrai que dans le roman d’origine, il n’y a pas non plus de scènes très explicites. La suggestion, l’érotisme subtil, suffisent amplement. On n’a pas besoin de voir ce genre de scène pour percevoir le désir que les personnages éprouvent l’un pour l’autre. Les regards, les gestes, les dialogues, disent tout.

Un succès mérité pour ce film, dans lequel chacun peut se reconnaître. Encore une fois, voici la preuve qu’avec un petit budget, on peut réaliser un grand film romantique, sincère et émouvoir nombre de spectateurs. Plusieurs jours après le visionnage, j’y pense encore et ce film me laisse sur une impression douce amère, pleine de mélancolie.

“We rip out so much of ourselves to be cured of things faster than we should that we go bankrupt by the age of thirty and have less to offer each time we start with someone new. But to feel nothing so as not to feel anything – what a waste!”

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