Kings

Kings est le deuxième film de la franco-turque Deniz Gamze Ergüven. Après le brillant Mustang et une bande annonce particulièrement habile, j’attendais ce film avec impatience. Déception sur toute la ligne. Énervement, aussi.

Le sujet de départ est passionnant. Les émeutes de 1992 à Los Angeles, durant six jours, suite au passage à tabac de Rodney King par quatre policiers, qui seront finalement acquittés. 63 morts, plus de 2000 blessés. Difficile de ne pas faire le parallèle avec la situation actuelle aux Etats-Unis. Avec un tel sujet, on pouvait s’attendre à un film fort, engagé, politique. Ce n’est pas le cas. Il y a tant de choses que le film aurait pu explorer: les tensions raciales entre les diverses communautés de South Central, la ségrégation spatiale, la pauvreté dans ce quartiers, le rôle de la LAPD, les conséquences de émeutes, l’étendue des destructions…

Malheureusement, tout ceci n’est qu’effleuré ou passé sous silence. Le film échoue totalement dans sa représentation des émeutes. En fait, la cinéaste ne semble pas vraiment intéressée par cet événement, qui n’est qu’un bruit de fond, des images vues à la télévision, un background, un décor. Elle choisit de se concentrer sur une famille du quartier, composée d’une mère courage stéréotypée au possible, Millie, jouée par Halle Berry, qui accueille de nombreux enfants chez elle. Toute la famille va, de près ou de loin, être prise dans les émeutes, mais seulement pendant un tiers du film. La majeure partie de Kings s’attache à montrer le quotidien de cette famille, l’amour qui les unit, la rencontre avec le voisin Obie (Daniel Craig), la montée des tensions dans le quartier, la trajectoire d’un des enfants Jesse (Lamar Johnson) – au coeur d’un triangle amoureux tout à fait inutile par ailleurs.

La cinéaste erre entre ces différents sujets et on se demande bien ce qu’elle a voulu faire avec ce film. Il n’y a aucune tension, aucune intensité dramatique. Contrairement à Detroit, qui était immersif, savait prendre son temps et poser la situation, Kings est trop rapide, lacunaire et on reste toujours extérieur à l’histoire. Triste, tout de même, de faire aussi peu honneur à un sujet comme celui là.

Les personnages n’ont aucune complexité, notamment ceux d’Halle Berry et Daniel Craig, caricaturaux au possible. Le voisin écrivain, anglais, preux chevalier qui va aider la petite famille, père de substitution… Oh please.

SPOILERS DANS CE QUI SUIT

Bien évidemment, on nous construit une histoire d’amour sans aucun intérêt, expédiée comme une lettre à la poste et sans une once de crédibilité. La scène du fantasme de Millie, qui rêve d’Obie, scène censée être quelque peu érotique, devient finalement comique. Le pire étant que Millie se souvient de ce rêve quand un de ses enfants lui met une tape sur la fesse…

Le sommet du grotesque est atteint quand, se retrouvant menotté à un lampadaire avec Millie, Obie établit tout un stratagème périlleux – James Bond es tu là ?- pour se libérer. Pour cela, il faut qu’il enlève son pantalon et que Millie en fasse de même, afin de faire une corde. Nous voilà donc face à deux personnages, en sous vêtements, sur un parking, au milieu des émeutes. Leur préoccupation à court terme est d’ailleurs de se rouler une pelle alors que le monde est à feu et à sang autour d’eux…  La scène devient comique, ridicule, bête et cette rupture de ton est très dommageable à la fin du film.

FIN DU SPOILER

Les interprétations des deux acteurs sont décevantes – ils ne sont guère aidés par les dialogues très creux du film. Halle Berry a peu de variation dans son jeu. Elle en fait des tonnes, hurle et pleure pendant l’entièreté du film. Difficile de s’attacher à ce personnage…

A cela s’ajoute une accumulation de plans aériens d’archive de Los Angeles qui n’apportent rien et finissent même par agacer, tout comme l’utilisation trop fréquente et kitsch des fondus enchaînés. Même la musique est oubliable – étonnant, pour Nick Cave et Warren Ellis. Le film n’a pour lui que sa belle photographie, qui met en valeur cette douce lumière Californienne. Et quelques rares moment de grâce et de beauté, notamment la scène dans la voiture, où Nicole (Rachel Hilson) tente de conduire, aveuglée par la fumée de toute part. Pour le reste… quel triste gâchis.

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