Top films 2019

Encore une belle année de cinéma qui s’achève… Il est temps de sélectionner, parmi tous les films vus cette année, mes 15 oeuvres préférées. Il s’agit donc d’un top purement subjectif.

15. Deux Moi de Cédric Klapisch

Deux Moi, au vu de sa bande annonce, pouvait sembler anecdotique et un peu mièvre. Mais il ne faut pas se fier aux bandes annonces. C’est un film profond, intelligent, touchant, sur deux adultes solitaires, dans un Paris réaliste. Tout est fondé sur un suspense autour de ses personnages (vont-ils un jour se rencontrer? si oui, comment?). On notera aussi une vision positive de la psychothérapie, ce qui est finalement assez rare au cinéma.

14. Rocketman de Dexter Fletcher

L’anti Bohemian Rhapsody – ce film n’adoptait aucun point de vue sur l’histoire de Mercury, la réalisation était d’une mollesse absolue, ne tentait rien, offrait une vision édulcorée et partielle de la vie du chanteur. Au contraire, Rocketman est un biopic original, porté par une mise en scène survoltée et toujours inventive. Il renouvelle véritablement le genre. Il faut aussi saluer la superbe performance de Taron Egerton.  Espérons qu’il soit récompensé aux Golden Globes l’année prochaine…

13. Le Daim de Quentin Dupieux

Il est difficile de parler du Daim sans le spoiler, sans gâcher certains éléments de « l’intrigue. » Si vous ne l’avez pas vu, renseignez vous le moins possible dessus et préparez vous pour un voyage dans un univers totalement absurde, glauque et d’une rare drôlerie. Dupieux ne verse néanmoins jamais dans le n’importe quoi généralisé. Il y a toujours un soupçon de sens derrière ces histoires, ici un commentaire sur notre société, sur la solitude, la maladie mentale, le cinéma…

12. Le Traitre de Marco Bellocchio

Il Traditore a malheureusement peu fait parler de lui en France. Une fresque fascinante autour de la figure de Tommaso Buscetta, mafioso sicilien qui finit par collaborer avec la justice italienne. Je ne connaissais rien de ce personnage et le film m’a d’autant plus passionnée. S’il est de facture classique dans sa mise en scène, on ne s’ennuie jamais, notamment grâce aux brillantes interprétations des principaux acteurs.

11. Hors Normes d’Eric Toledano et Olivier Nakache

Comme beaucoup, j’attends toujours avec impatience les films de Toledano et Nakache. Celui-ci est probablement leur film le plus marquant, tant dans son histoire que dans sa portée sociale voire politique. Un film engagé et émouvant (sans être tire-larmes). Une ode à l’altruisme, portée par la magnifique interprétation de Vincent Cassel. Habituellement, Cassel a tendance à m’énerver, tant il peut être cabotin dans son jeu, mais ici, il est juste, investi dans le rôle, crédible à souhait. Un film qui a remporté un succès mérité en France. Oui, la France n’est pas que synonymes de comédies de bas étage, il y a une quantité de films de grande qualité.

10. Proxima d’Alice Winocour

Encore un film qui a bien peu fait parler de lui. Il faut dire qu’un énième film sur l’espace pouvait laisser perplexe, notamment après Ad Astra sorti quelque mois plus tôt. Proxima se distingue des autres en se concentrant non pas sur l’exploration spatiale mais sur la préparation physique des astronautes. Il évoque surtout, avec beaucoup de finesse et d’empathie, le lien entre une mère et sa fille. Tout le film tourne autour de la séparation, de la nécessité de « couper le cordon » (expression littéralement employée par l’astronaute) et de la mort, évoquée de façon métaphorique. Eva Green, dans un registre inhabituel au vu du reste de sa filmographie, est très convaincante dans ce rôle de femme qui doit concilier sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Un des films les plus émouvants de cette année.

9. Seules les betes de Dominik Moll

Ce film est passé quasiment inaperçu. C’est un thriller glaçant, superbement mis en scène. Le film repose sur la diversité des points de vue : une même scène sera montrée selon le point de vue des différents personnages et peu à peu, le puzzle autour du meurtre initial sera reconstitué. Il y a un peu d’Iñárritu et de son Babel dans cette histoire en apparence éclatée, avec des personnages qui semblent évoluer dans des sphères différentes, mais qui vont tous se retrouver liés au fil du récit. Ne vous renseignez pas trop sur ce film et rattrapez le dès qu’il sera disponible.

8. Sorry We Missed You de Ken Loach

Chez Ken Loach, on retrouve souvent la même formule : sujet social, problèmes contemporains, dans une Angleterre sinistrée et triste. Sorry We Missed You est presque aussi fort que Moi, Daniel Blake. Il dénonce à merveille l’uberisation de la société, l’exploitation des travailleurs chez un ersatz d’Amazon, l’impact d’un tel travail sur la vie des employés. Aucune fioriture dans la mise en scène, aucune musique, aucun effet de style, tout repose sur les acteurs et sur le réalisme de cette histoire. Que c’est beau, à 83 ans, de faire encore des films militants comme celui-ci !

7. Vice d’Adam McKay

Etant une inconditionnelle de Christian Bale, j’étais curieuse de voir sa dernière transformation, cette fois en Dick Cheney, vice-président de G. W. Bush. Un film très original dans son montage, son ironie, son humour caustique, qui n’est pas sans rappeler Michael Moore et son documentaire Fahrenheit 9/11. Aucun temps mort, on est captivé, du début à la fin, par ce personnage sans foi ni loi, magistralement interprété par Bale. Pour toute personne qui s’intéresse à l’histoire récente des Etats-Unis, ce film me semble nécessaire. Le film ne prétend pas être objectif ou documentaire, il est clairement partisan, mais il a le mérite de rappeler plusieurs éléments importants de ses deux mandats, dont son rôle dans la guerre en Irak, ainsi que sa défense des « techniques d’interrogatoire renforcées » – autrement dit de la torture…

6.  Parasite de Bong Joon-ho

Assurément un des films les plus marquants de cette année, tant dans son scénario que sa mise en scène, la qualité de l’interprétation, sa photographie, sa musique… Un film politique, engagé, qui fait beaucoup réfléchir sur les rapports entre les classes, sur la lutte entre dominants et dominés. Une palme d’or amplement méritée, parfaitement logique tant le sujet du film est dans l’air du temps.

5. Le Chant du Loup d’Antoine Baudry

Il est de ces films dont on espère rien. Qu’on va voir un peu par hasard. Le Chant du Loup a été une grande surprise pour moi. Un petit chef d’oeuvre de tension. On est scotché, du début à la fin, par cette passionnante histoire, servie par des acteurs très crédibles – ce dont on aurait pu douter, sur le papier. Encore une fois, le cinéma français n’est pas synonyme de comédies bas-de-plafond, nous avons la chance d’avoir des réalisateurs qui s’illustrent dans le cinéma de genre et qui proposent des films novateurs.

4. Once upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino

Voir Leonardo Dicaprio et Brad Pitt réunis à l’écran est un rêve de cinéphile. Tarantino l’a fait et rien que pour cela, ce film doit être vu. Once upon a Time in Hollywood ne m’a, étrangement, pas tant plu que cela sur le coup. Le film est long, lent, il semble parfois n’être qu’un hommage au cinéma et à ce que Los Angeles a pu être par le passé. Mais le film laisse, après son visionnage, dans une profonde mélancolie, reste en tête plusieurs jours après l’avoir vu et pousse à la réflexion, signe qu’il a la place dans ce classement. Attention, spoilers dans ce qui suit. Il y a quelque chose de très touchant dans sa fin, qui nous invite à imaginer une autre vie pour Sharon Tate. Et l’on se demande alors si le cinéma peut réécrire le passé, voire rendre la justice…

3. Portrait de la jeune fille en feu de Celine Sciamma

La beauté de ce film m’a subjuguée. Une superbe réflexion sur le regard et la représentation. Adèle Haenel et Noémie Merlant sont merveilleuses. Il est aussi bien rare de voir des films dans lesquels le male gaze est absent. Où on représente les femmes sans qu’elles soient le pur objet du désir masculin – on est si loin de Kechiche ici! Un film moderne, qui aborde des problématiques féministes actuelles, sans jamais perdre de sa subtilité.

2. A Hidden Life de Terrence Malick

Après quelques errements récents (notamment Knight of Cups et Song to Song), Malick revient à un cinéma plus narratif, sans délaisser ses chères voix-off, sa steadicam et son montage si particulier. Il semble d’ailleurs que ce retour a plus que convaincu la critique. A Hidden Life est un magnifique film sur l’amour, le bien et le mal, le choix, la nécessité d’aller au bout de ses idées, à travers la figure christique de Franz Jägerstätter, homme qui refusa de collaborer avec le régime nazi. Comme toujours que Malick, tout paraît naturel, rien ne semble joué, comme si chaque scène était improvisée. En voyant un film de Malick, on a l’impression d’avoir devant soi l’essence même de la beauté, ici sous la forme des paysages autrichiens, qui ne sont pas sans rappeler les tableaux de Friedrich. Une oeuvre d’une puissance émotionnelle incroyable, qui atteint presque les hauteurs de Tree of Life

1. Joker de Todd Philipps

Mon film préféré de cette année, sur tous les plans. Une réussite à la fois scénaristique et esthétique. Un film qui renouvelle enfin le genre, sans verser dans les effets spéciaux à outrance. Joker prend son temps, pose son ambiance et monte progressivement dans l’horreur, pour finir sur une scène magnifique, impossible à oublier. Le film doit beaucoup à Joaquin Phoenix, qui livre ici la performance d’acteur la plus marquante de cette année, tous films confondus. Pour un avis plus détaillé, je vous invite à lire ma critique ici.

Le top 15 est cruel. Certains films auraient pu y figurer. Parmi eux, Jeune Juliette d’Anne Émond, Lourdes de Thierry Demaizière et Alban Teurlai, El Reino de Rodrigo Sorogoyen et Wildlife de Paul Dano. Je vous les recommande vivement !

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