Qu’aller voir au cinema ?(partie 2)

A voir !

Nomadland

Je suis toujours un peu réticente à voir l’oscar du meilleur film, qui récompense souvent des films très consensuels et classiques. Mais cette année, Nomadland a été récompensé et il est réjouissant de voir que les oscars s’ouvrent à des films d’auteur ou en tout cas des films plus originaux dans leur façon de traiter les personnages et l’action. C’est une magnifique ode à la liberté, qui ne tombe toutefois jamais dans la naïveté ou manichéisme. Un film proche du documentaire, puisque nombre des personnages sont en fait de véritables nomades – d’où la grande puissance émotionnelle de certaines scènes durant lesquelles ils racontent leur propre vie. C’est une oeuvre qui invite forcément à l’introspection et au voyage. Les Etats-Unis sont magnifiquement filmés (pas difficile en même temps, avec de tels paysages…). Si on devait le comparer à Into the Wild, Nomadland est beaucoup plus méditatif et calme. Il ne se passe finalement pas grand chose mais on ne s’ennuie pas. On suit avec plaisir la trajectoire de Fern, qui a décidé de vivre sur la route, comme les pionniers. Le film sous entend qu’être sur la route fait partie de l’identité américaine. Chloé Zhao n’est toutefois pas dans l’adoration des Etats Unis, elle montre bien la précarité de la population retraitée et la déliquescence des anciennes villes industrielles du pays. Nomadland ne fait pas dans la fioriture et le glamour, il n’épargne pas les aspects triviaux de la vie de nomade. Mais il y a aussi tant de moments de poésie, pourtant très simples. Un coucher de soleil, un traveling latéral qui suit le personnage, une musique d’Einaudi, un sonnet de Shakespeare en voix off, un air de Terrence Malick et vous voilà partis dans l’Ouest américain, le sourire aux lèvres et la larme à l’oeil. C’est à ça que sert le cinéma: faire rêver et s’évader.

Sans un bruit 2

Il va sans dire qu’il faut avoir vu le premier film pour voir celui-ci. C’est une réussite, tant dans l’univers visuel que la mise en scène. Sans un bruit 2 est extrêmement angoissant et mérite d’être vu au cinéma. La première scène, une journée dominicale américaine classique et paisible, est particulièrement impressionnante, quand des créatures surgissent dans une petite ville et s’attaquent aux habitants. Beau travail sur les décors (usine en ruine où la nature reprend ses droits, train abandonné, forêts luxuriantes) qui ne sont pas sans rappeler the last of us. Le film a le mérite d’être court (1h30!), ce qui permet de conserver la tension et le suspense inhérent à ce genre de film. Dommage que la musique soit parfois trop présente: c’est le silence complet qui fait peur et il se fait rare. Dans la salle aussi, où les spectateurs ne sont pas capables de rester silencieux et de ne pas trifouiller dans leurs affaires pendant certaines scènes – mais là, c’est la misophone qui parle…

Sound of Metal

Un film sensible et intéressant, sur un musicien dans un groupe de métal qui perd l’audition. Soyez prévenus: la scène de début est proche du supplice puisqu’on assiste à un concert particulièrement irritant. Heureusement, le reste du film n’est pas de cet acabit et il se termine par une magnifique scène que je ne révèlerai pas. La surdité est un sujet finalement peu vu au cinéma, il est très bien traité ici, à travers la trajectoire du personnage principal, magnifiquement interprété par Riz Ahmed. Le pari de Sound of Metal ? Nous mettre dans la peau de Ruben, en faisant entendre au spectateur son ouïe qui se dégrade peu à peu. Le travail sur le son est fabuleux (d’où son oscar pour le meilleur mixage son) et, encore une fois, il faut le voir au cinéma pour l’apprécier. Notons que le film innclue, à toutes les projections, des sous-titres pour malentendants.

Indes Galantes

Le pari était osé et n’a pas plu à certains puristes. Mêler les Indes Galantes de Rameau à des danses hip hop, du voguing, du flexing, du krump et bien d’autres. Ce documentaire suit la création du spectacle, les répétitions, les interprètes. On est au départ un peu dérouté par ce mélange des genres, auquel on est peu habitué. Mais l’alchimie se fait et certaines scènes sont particulièrement saisissantes, notamment la fin, la fameuse danse du Grand Calumet de la Paix. Voilà qui réconcilie avec l’opéra. Le documentaire insiste sur la dimension engagée du spectacle, à la fois dans sa mise en scène mais aussi dans sa volonté d’ouvrir l’opéra à d’autres publics. Il est néanmoins bien triste de constater que le public qui se rend à la première est majoritairement âgé et aisé au vu du prix exorbitant des places. Cela reste un divertissement très élitiste. Quel dommage que l’opéra ne soit pas plus démocratisé, car ce genre de mise en scène pourrait parler à tant de personnes, y compris des adolescents. En tout cas, le documentaire tente de montrer que ce genre de spectacle est fait pour un large public et qu’il ne reste plus qu’à ouvrir les portes de l’opéra à tous.

Pourquoi pas ?

Conjuring 3

Si on m’avait dit il y a quelques années que j’irais voir un jour Conjuring au cinéma, je ne l’aurais pas cru. Ce film n’est pas indispensable, mais il reste plaisant à voir au cinéma car les émotions sont décuplées dans une grande salle. Le public de film d’horreur est souvent extrêmement pénible, donc il faut à tout prix s’éloigner de certains spectateurs. Ce volet fait moins peur que les précédents mais réserve quand même deux scènes particulièrement impressionnante: l’introduction et la fin. Efficace mais sans grande originalité dans la mise en scène. Le film est quasiment uniquement fondé sur des jumpscares, ce qui est un peu dommage quand il y a tant de moyens de faire peur. Néanmoins, le film plaira aux amateurs du genre et reste un moment agréable de cinéma.

C’est un non !

Medecin de nuit

La bande annonce laissait présager un thriller plein de suspense. Finalement, le film est plutôt une illustration monotone du travail de médecin de nuit, avec son défilé de patients. Paris est bien filmé, les acteurs convaincants, mais le film ennuie rapidement et laisse le spectateur sur le carreau. Le scénario manque de finesse et les personnages sont peu nuancés. Bref, un film vite vu et vite oublié.

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